I. Mousson d'erreurs.

I. Mousson d'erreurs.
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Elle savait qu'ils étaient une kyrielle d'exceptions, les prodigieux, ceux qui s'évertuent de trouver un peu d'espoir devant la bêtise qu'est devenu notre monde. Elle savait que l'utopie n'existait pas et que pour se faire une place il fallait savoir se créer un monde, mais elle, ne savait pas le faire.
Grâce se fondait en ses gestes, charisme et charme à son allure. Beauté infinie des poignets, finesse et raffinement. Féminité mais vrai garçon des Lunes. Prunelles profondes et sûres, peau pâle et corps céleste, délice de la nuque...
Elle n'était pas seule, elle était solitaire, parce que ça lui plaisait et parce qu'elle préférait écouter plutôt que de parler. Elle ne connaissait pas vraiment l'amour, elle n'y avait jamais goûté, elle s'en était fait la promesse de peur de s'attacher et de finir comme tout le monde, noyée dans un chagrin. Par manque, elle avait juste goûté au sexe les jours où le temps lui paraissait trop morose.
Sa piole, c'était sa vie, où vivaient tous ses souvenirs, où s'entassaient toutes ses émotions et où tout commençait à déborder...
Elle rêvait que ses jours de vie se prolongent à travers la poudre colorée qui embuerait ses carreaux, le parfum de la liberté claustré entre les murs, l'éclat du bonheur à l'harmonie idyllique, la fièvre le soir quand tout va bien,
L'apothéose dans toute sa splendeur.
Et cette attente fût réalité.
Un jour d'aurore semblant déposer un drap translucide couleur pêche sur les terres, l'aube dénudée de toute puissance devint le prélude de cette histoire...

Elle a quitté sa piole. Et ça voulait tout dire. Elle a quitté sa mère, sa pauvre mère noyée dans l'alcool, affaiblie par l'eau-de-vie. Elle a quitté les teintes du ciel, elle a quitté son job de merde, son barman qui savait si bien la baiser les fins de semaines. Elle a quitté la bruine de ses pupilles, les sanglots de son c½ur. Elle a gardé son amour pour la nouveauté & la dissemblance, mais sans le savoir en a gardé les fragilités. Elle a gardé sa clope, son charbon ébène trop marqué sur les yeux, elle a brisé les miroirs et étalé le linge avant de s'égarer pour toujours... Elle a laissé son bordel et s'est aventurée dans la douceur du matin. Elle a gardé les plis de ses habits froissés et elle a flâné, là sous la lune encore présente parmi les lueurs du soleil, parcourant la ville l'½il noir et brillant, le c½ur chaud, trop chaud, trop plein ou trop vide, elle ne savait plus bien. Son c½ur tel une bombe, une jolie grenade aux couleurs rouge vermeil prête à éclater pour donner la vie.
Flânant le long des rues pour trouver un peu de changement, quelques imprévus, elle voulait connaître les surprises de la vie qui dans sa piole n'avaient jamais osées entrer. Et elle se sentait pour la première fois depuis longtemps pousser des ailes.

« Un café s'il vous plait. »
Il n'aura fallu qu'une seconde pour que sa subite transformation s'éteigne. La petite cellule était plongée dans la nébulosité. Le soleil semblait être vainqueur de ce jeudi, pourtant l'orage avait grondé et déversait à présent toutes les vagues de sa monotonie. C'était si triste. La grenadine ne rougissait plus, il manquait l'onctuosité aux mousses des cafés au lait & les croissants habituellement si dorés, s'étaient ternis.
Elle avait perdu tout projet, tout but qu'elle s'était fixée pour la première fois, et tout ça par faute du temps. La pluie lui a fait perdre son coeur vermeil et l'a remplacé par une éponge, absorbant toutes les tristesse de son eau.
Elle attendait, le regard scellé à la buée de la fenêtre, le seul minime bonheur de cette déplorable journée qui viendrait se loger contre sa tasse.
Le récipient de porcelaine vint noyer les larmes du ciel et mit un peu de plaisir dans le c½ur de celle qui l'attendait. Mais l'allure de l'objet paraissait comme délavée, vide et sans odeur et elle avait laissé ses espoirs s'y égarer. L'arabica même avait succombé à la morosité de ce jour, omettant à ses côtés la douceur sucrée tant attendue. Aujourd'hui elle n'avait pas même eu droit au petit goût amer et suave du fin chocolat qui orne d'habitude la soucoupe. Il faisait mauvais, c'était ainsi, les surprises ne pouvait être que mauvaises et elle qui aujourd'hui avait eu l'envie de donner un sens à sa vie, ne pouvait rien faire que de reporter son avenir rêvé à plus tard...

# Posté le samedi 30 août 2008 12:54

Modifié le mercredi 01 avril 2009 12:35

II. Rendez-vous quelque part.

II. Rendez-vous quelque part.
Ses m½urs c'était ce petit café, celui de la Paix, faisant l'angle de la place de l'Opéra Garnier où s'appuyait le luxe du Grand Hôtel. Elle aimait cet endroit où jadis vivait un marais-potager à la place de l'hôtellerie; elle aimait cette vue imprenable sur le boulevard des Capucines. D'ailleurs, tous les matins de ces cinq dernières années avaient en commun la présence de cette drôle de jeune femme, assise toujours sur ce même sofa qui formait une équerre avec la cloison tapissée de moquette. Et à ce jour c'était la toute première fois que le bonbon de cacao n'avait pas côtoyé le pourtour de sa tasse. Le destin peut-être voulait sûrement l'aider un peu, rénover ses usages coutumiers et lui donner à sa façon, le soupçon de courage qui saurai l'épauler. Mais sa fragilité inhumaine, presque végétale, ne pouvait comprendre la si soudaine moquerie que venait de lui offrir la fatale destinée. Son regard figé faisait vis-à-vis avec le fluide moka du petit mug qui lui faisait penser à l'eau sordide et vil stagnant dans le fond d'un vieux vase, ou encore, à la flotte maculée qu'avait répandue le déluge dans les creux du goudron. Elle était comme obnubilée par l'abîme du fond de sa tasse et n'entendait plus le fracas que faisait la vaisselle derrière le comptoir.
Un jeune homme entra dans la sombre pièce et emmena avec lui un courant d'air qui fît voler le bas de son long manteau. Elle posa les yeux sur lui, col roulé gris en cachemire, veste en tweed de chez Old England, elle l'avait vu sortir des ateliers des Capucines avant de s'aventurer vers le bar. Il s'assit à la table juste à côté de la sienne et commanda un café. Aussi déstabilisant que cela puisse paraître, son café naquit dans la nimbe d'une nuée de chaleur, à l'odeur des plus soutenue. Le tintement de la porcelaine avec le marbre de la table réveilla l'attention de celle qui l'observait. Une douce sucrerie goût truffe amer contrastait le récipient nacré. Contrariée, elle tourna la tête d'un geste vif et ses yeux s'emplirent d'importantes perles aussi grosses que les sanglots du ciel. Une larme déferla les pores de ses joues avant de s'engloutir dans les profondeurs de son café. Une désillusion si intense ne pouvait qu'entraîner le déclin de sa vie recherchée.
En temps normal elle n'aurait jamais osé. Elle se leva et s'installa à sa table, face à lui, les coudes sur la pierre, plongeant ses yeux mouillés dans le fond de son c½ur:
« Dites moi... Vous voulez ma perte vous aussi! Je demande juste au destin un petit régal par ce temps de merde, cette journée pourrie! Et tout ce qu'il me donne c'est un café froid et un mec au col roulé, sapé comme un bourge, qui vient me narguer avec son doux chocolat!?! »
L'individu, fort hébété eu d'abord le réflexe de rire, puis cessa son sarcasme à la vue de la nostalgie que reflétait son visage. Elle fît fleurir un sourire forcé sur ses lèvres comme pour l'amadouer et tendit délicatement la main vers lui:
« Ça vous tente d'aider une demoiselle en détresse... hum? Donnez le moi, s'il vous plait... »
L'homme la contempla, gardant infiniment le silence. Elle eu l'air dépourvu de tout plaisir, & la larme restant à l'½il elle s'emporta dans une folle tirade: « Écoutez moi, monsieur... Je... J'attends ce moment depuis bien trop longtemps maintenant, et ce jour est arrivé, vous voyez ça aurait dû être aujourd'hui, mais je sais pas ce qu'il s'est passé, ça a foiré vous voyez?!... Mais j'peux me rattraper, je le sais, je peux le faire, vous me comprenez je suis sûre, n'est ce pas?... Donnez le moi, ne me laissez pas vous le voler, se serait mal, mais si je vous le demande c'est différent n'est-ce pas, j'ai une chance, oui?!...Je, j'ai le droit d'espérer moi aussi, dites-moi que je peux... »
Elle termina son grand n'importe-quoi aux yeux de l'inconnu, dans une atroce averse d'eau salée arrosée par ses jolies mirettes. Elle cacha ses yeux en rapprochant ses mains de sa frimousse humide et étendit sa chaude joue contre le marbre glacial de la table. L'homme glissa lentement le petit carré de chocolat sous ses cheveux soyeux. Il avait compri le désarroi de la dame juvénile, le fade de sa vie, la platitude de son vécu...

# Posté le dimanche 31 août 2008 13:08

Modifié le mercredi 01 avril 2009 12:33

III. Délicate tentative.

III. Délicate tentative.
« Chambre 83, 4ème étage. »
L'homme derrière le guichet l'avait perçu comme égarée et s'était senti obligé de lui indiquer le chemin avant qu'elle ne risque la panique. Elle entreprit l'immense escalier en colimaçon qui s'offrait à elle et ne cessait de regarder la cime de la grande rampe qui agrafait chaque marche. Elle fumait, trop. D'ailleurs elle avait enfumé toute la cage d'escalier. Les talons de ses escarpins claquaient excessivement tout nouveau pas et elle ne pouvait rompre ses pensées pour cet être si compréhensif qu'elle venait de quitter au café. L'hôtel était démodé, vieux et délabré. Des fissures créaient des veines dans le bois des murs et dans l'âtre escarpée, l'odeur du renfermé y était suffocante. C'était un hôtel, disons plutôt un logis pour sans-abris, ainsi il était grand et malaisé. Elle ne pouvait rien se payer de mieux de toute façon. Les occupants le considéraient comme l'attente d'un sois-disant miracle de la part de Dieu d'offrir un toit à chaque individu. On pouvait rester à temps indéterminé, seulement, il fallait apporter une aide équivalente pour la survie de la propriété. Elle choisit l'achat d'une viennoiserie tous les matins pour chaque locataire.
La vie lui prévoyait sans doute de mystérieuses aventures et elle en avait peur. Pourtant, elle se réjouissait d'avance de ses nouvelles histoires...
Elle avait passé toute son enfance dans sa merdique chambre, sans rien connaître de la vie extérieure. Elle s'était créée un néant parmi la complexité du monde où tous ses récits étaient négligés.
Elle était une jeune inconsciente qui ne connaissait seulement les manèges du matin, les barbes à papa du soir. Vingt et une années de conneries comme passées à jouer à la Barbie.
Elle savait que ce jour était le jour de sa vie, même s'il avait mal commencé, le don du chocolat lui avait donné l'espoir de vivre enfin.
Elle tourna la clé dans la serrure de la 83. L'espace était si restrint qu'elle arrivait à peine à voir la couleur du lino. Elle souria à la vue de la grande fenêtre qui donnait sur la rue de Caumartin où elle pouvait apercevoir de loin son perpétuel plaisir matinal. Et elle se répétait sans cesse qu'elle avait honte d'aller là-bas tous les jours pour un minable café alors qu'à l'étage pontifiait une superficie de luxe dont elle n'avait jamais posé les pieds.
Elle sortit de la chambre et entama la première marche d'escalier quant une voix résonnant du 5ème niveau l'appela: « Mademoiselle?... Mademoiselle! ». Elle sursauta, prit peur puis se chuchotta à elle-même « J'veux pas la voir J'veux pas la voir ». Elle fit demi-tour, sans même finir sa deuxième marche et pénétra furtivement dans sa chambre. Elle claqua la porte, tourna le vérrou, ferma une seconde ses paupières et soupira de soulagement.
Il valait mieux qu'elle se replonge dans ses pensées sans connaître celles des autres.
Elle reprit une cigarette.

Un mois s'écoula. Le pourpre de l'automne avait cédé sa place à la crème hivernale de la neige. Dans le boulevard était soupoudrée de la neige sur le pavé, pareil à une toile blanche où les flâneurs dessinaient des grappes de signes illisibles. De la neige en poudre jonchait les toits des véhicules polluants qui attendaient, en longue file immobile derrière les arbres nus. La même clarté diffuse et floue baignait les silhouettes, les branches, les façades et le ciel d'un halo jaune et bleu de froidure. La lumière d'en bas et celle d'en haut incarnaient une similitude, entre deux blancheurs indécises flottait la vie humaine, sans cause et dépourvue d'attaches.
En ce mois suivant, elle n'avait rien changé. Elle refusait toujours par inaptitude, de rencontrer les gens de l'immeuble, et les escaliers qui menaient à sa chambre étaient devenus la zone de ses plus fortes angoisses.
Le mince goût cacao de ce jeudi de novembre était resté dans sa chemise de flanelle. Ce jour là ne l'avait sûrement pas inspiré et elle avait décidé de le gardé à plus tard, afin de s'habituer doucement à la nouvelle saveur qu'est la vie. En plus de son café quotidien, qui par ailleurs n'a plus jamais été accompagné de sapidité chocolatée, elle achetait au Café de la Paix, les pains boulangers pour ses voisins et tachait de déposer le sachet de papier devant leurs portes avant qu'ils ne sortent.
Il lui faudrait sûrement du temps avant d'apprendre ce qu'est l'existence humaine, et pourtant bourée de volonté, sa sensibilité en excès saturait son nouveau départ.

# Posté le lundi 01 septembre 2008 14:07

Modifié le mercredi 01 avril 2009 12:33